Olivier Liron

« Et une chose très claire s’est dessinée dans mon esprit, je devais gagner. Pour moi, c’est Julien Lepers ou la mort ». À 25 ans, Olivier Liron est sacré Super champion dans l’émission Questions pour un champion et devient le plus jeune vainqueur de toute l’histoire du jeu télévisé. À 31 ans, il publie son deuxième roman Einstein, le sexe et moi (chez Alma éditeur) dans lequel il raconte son expérience. C’est par cette porte que l’auteur nous invite à entrer dans son monde, celui d’un jeune homme atteint du syndrome Asperger. C’est important pour Olivier de le préciser car même si ce n’est pas une maladie – il s’agit d’un trouble neurologique du spectre autistique – c’est perçu comme une différence. Et la différence est le coeur du sujet de ce très beau roman.

© Marie Minair

Après des années passées dans « un monde sombre et silencieux où pousse la colère », Olivier Liron a décidé de se confronter à la vie, la vraie. Il choisit comme terrain de jeu un studio de la Plaine-Saint-Denis qui va servir de décor à Einstein, le sexe et moi. Il va y rencontrer Julien Lepers, Renée-Thérèse, Michel, Jean-Michel,.. On y  parlera de Tiger Woods, de mésanges, de botanique. Tous les candidats ont en commun un désir de victoire, une soif de réussite, et s’accrochent à leur buzzer comme des naufragés à une bouée. Comme si leur survie en dépendait. Olivier Liron raconte les mois passés à mémoriser des listes entières d’informations, à apprendre la moitié de Wikipédia par coeur pour se donner toutes les chances d’arriver à son dessein : devenir le Super champion. Pour exister, Olivier n’a d’autre alternative que gagner. Et pour gagner, il faut prendre la parole en premier.

Einstein, le sexe est moi n’est pas l’histoire d’un petit génie qui a gagné dix fois à Questions pour un champion, mais celle d’un type qui se bat pour s’affirmer.

Le syndrome Asperger entraîne une perception différente de la vie et du monde. Enfant, Olivier Liron allait bien. Mais au collège, « en raison d’une toute petite différence, d’une simple singularité, du fait de porter des lunettes, d’être moi, j’ai subi des trucs absolument horribles. » Derrière l’apparente légèreté de son roman, le récit d’Olivier est teinté de cette violence qu’il a subi plus jeune. Et dans cet enfer, les adultes ne l’ont pas entendu, le condamnant au silence. Alors, en prenant la parole dans Questions pour un champion, c’est l’enfant bâillonné que le narrateur est venu libérer. Et dans le roman, l’auteur a distillé ça et là des indices laissant penser que c’est le petit Olivier qui nous raconte son histoire. Qui vient panser ses plaies. Et celui qui a été traité de « gogol » pendant toute sa scolarité devient, en 2012, un Super champion.

© Marie Minair

« Ce roman n’est pas une thérapie mais une prise de parole claire d’un écrivain sur un sujet qui lui tient à coeur de partager. »

Pour Olivier Liron, l’écriture est une forme de rencontre. Au même titre que la danse contemporaine lui a permis de se rencontrer, de connecter son corps avec sa tête et de s’accepter, écrire lui donne la possibilité de partager. Olivier est surpris lorsque l’on veut réduire son roman à une thérapie, à quelque chose d’anecdotique. Sa démarche n’a rien d’égoïste. Elle vise au contraire à traiter une question universelle, celle de la violence : « Des milliers de gens ont vécu des violences. Et notamment à cause d’une prétendue différence. Je reçois des témoignages quotidiennement de personnes qui avaient 10 kilos en trop, qui étaient homosexuelles,… » Et cette question, Olivier a souhaité l’aborder par le prisme de l’humour. À la lecture d’Einstein, le sexe et moi le lecteur se surprend  à rire à haute voix : « Le rire permet de faire passer beaucoup de choses… » Pour parler d’exclusion, l’auteur a préféré la farce au pathos. Et si ce récit est un cri, il est un cri joyeux. Et son roman résonne comme une ode à la différence.

Quand je demande à Olivier ce qu’il a fait de cette violence, il me répond : « ce livre ». Même si sa colère est  intacte, elle sous-tend les combats qu’il mène en tant que personne et en tant qu’écrivain. Son expérience a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui : « Je suis né en 1987, je suis écrivain et j’ai un beau sourire », un homme en somme.


Olivier Liron est Normalien et agrégé d’espagnol. Il enseigne la littérature comparée à l’université Sorbonne-Nouvelle avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il est l’auteur de pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et de fictions sonores pour le Centre Pompidou. Son premier roman Danse d’atomes d’or est publié en 2016 chez Alma Éditeur. Il sera adapté en 2017 pour le cinéma dans le cadre de la promotion « Adaptation de romans » de la Fémis. En 2018, il créé le spectacle La vraie vie d’Olivier Liron et publie son deuxième roman Einstein, le sexe et moi toujours chez Alma Éditeur.


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