Luc Abalo

Sur les terrains de handball, il est considéré comme l’un des meilleurs ailiers au monde. En dehors de sa carrière qu’il mène de front au PSG Handball et en Équipe de France, Luc Abalo est un passionné. Passionné par l’art en général, mais plus précisément par la peinture qu’il pratique assidûment. Je le retrouve à Saint-Cyr, dans le hall de l’hôtel où il séjourne avec les Experts lors de leur première semaine de préparation aux Jeux Olympiques de Rio.

Luc Abalo

Nous sommes installés sur un canapé face à une fenêtre avec vue sur la mer. Le temps nous est compté car Luc doit ensuite rejoindre ses coéquipiers pour le déjeuner. Après un séjour en Corse, le groupe France est de passage à Toulon pour un match amical contre la Hongrie. Il me confie être un peu fatigué et craint de s’être enrhumé. Le rythme de la semaine est assez soutenu, ponctué par des réunions, des entraînements, des séances de musculation. Luc Abalo excelle dans son domaine : le handball. Un palmarès irréprochable (triple champion d’Europe, double champion olympique et double champion du monde). Des qualités physiques impressionnantes comme sa vitesse, sa détente sèche ou son « explosivité ». Sa marque de fabrique ? Luc fait preuve de fantaisie sur le terrain : il maîtrise comme personne la pratique de tirs acrobatiques. Certains le définissent même comme un artiste. Un mot qui lui colle à la peau, bien qu’il n’aime pas les étiquettes.

« Les gens ne savent pas à quel point j’aime l’art. Ce n’est pas quelque chose que j’aborde d’emblée ».

Pourtant, après seulement quelques minutes d’échanges d’abord timides, Luc évoque le sujet. Me questionne sur mon projet de blog, souhaite voir l’appareil photo avec lequel je travaille. Il le bidouille. Cela fait déjà de nombreuses années qu’il pratique l’art du dessin. Il a pris des cours, a même fait un an de prépa à l’Institut Supérieur des Arts Appliqués qu’il a dû abandonner lorsqu’il a rejoint Ciudad Real, le club espagnol pour lequel il a joué de 2008 à 2012. Mais il a toujours continué à nourrir sa passion en dehors des terrains. Crayon, fusain, craie, peinture à l’huile, il a tout balayé. Les yeux de Luc pétillent maintenant et il devient plus bavard. Il a une inclinaison pour les portraits qu’il préfère fidèles à la réalité. Il est attiré par l’image et ce qu’elle raconte, aime beaucoup la photographie et  la vidéo. « J’aimerais mettre en ligne mes vidéos mais je n’ai pas le temps de m’y consacrer pour le moment ». Car son temps, il le passe avec ses coéquipiers.

Le handball occupe la majeure partie de sa vie. C’est un professeur d’EPS au collège d’Ivry qui lui a transmis le goût de ce sport. Dès ses premiers pas sur le parquet, Luc s’est beaucoup amusé. Prendre du plaisir est son moteur. Selon lui, « le talent ne représente que 5%. C’est juste un point de départ. Ce qui fait la différence c’est la pratique, le travail et la persévérance ». Il s’amuse à chercher une autre explication : « Je suis gaucher et il paraît que les gauchers excellent dans le domaine de l’art et dans le sport ». Il rit. S’il est talentueux, Luc est surtout bosseur. Il craint que certains ne le prennent pas au sérieux « je suis un black d’Ivry qui fait l’artiste en dehors du hand ». Pourtant, l’ailier du PSG, joueur cadre de l’Équipe de France, arrive à jongler entre sa carrière et ses autres passions.

La rigueur que lui a inculquée le sport de haut niveau, il la met au service de son art.

Depuis qu’il a emménagé dans un appartement plus grand, Luc dispose de davantage d’espace pour stocker ses tableaux. Si la peinture est assez instinctive chez lui, elle n’en est pas moins réfléchie. Il en profite même parfois pour analyser le dernier match ou préparer le prochain, son pinceau à la main. Il s’estime toujours en période d’apprentissage et continue de s’exercer : « quand tu n’arrives pas à faire un truc, tu le répètes jusqu’à ce que tu y arrives ». Et c’est seulement lorsqu’il estimera être assez bon qu’il montrera ses créations. Luc a l’exigence du compétiteur et son humilité est à la hauteur de son ambition. Il prend son téléphone et me montre le travail d’un portraitiste qu’il suit sur Instagram. Le réalisme des visages, le sens aigu du détail le fascinent : « voilà ce que j’aimerais réussir à faire. On dirait des photos ! ».

Luc Abalo n’est pas un solitaire : « je m’attache facilement ». Les gars avec qui il partage l’aventure handball sont plus que de simples coéquipiers. Certains sont même devenus des amis, comme Michaël Guigou, son « colocataire » lors des déplacements avec les Bleus depuis presque 10 ans. « Je suis quelqu’un de fidèle. Si on a besoin de moi, je réponds présent ». Pourtant, Luc passe tellement de temps en groupe qu’il ressent parfois le besoin d’être seul. S’il a toujours évolué dans le milieu du handball, Luc est attiré par d’autres univers. Il fait preuve d’une grande curiosité et me demande si je m’intéresse à l’Histoire car selon lui, ce que je fais avec le blog est « une manière d’écrire l’Histoire en racontant celle des autres ». Son histoire personnelle, en revanche, il ne me la confiera pas. Lorsque j’évoque sa famille, Luc renvoie la balle en touche et me demande si j’ai des frères et sœurs, si je suis proche d’eux. Il fait allusion à l’Afrique dont ses parents sont originaires, un continent qu’il aimerait beaucoup découvrir. Car s’il a eu l’occasion de voyager pour le handball, Luc regrette de ne jamais avoir eu le temps de vraiment visiter les villes et pays qu’il a traversés.

L’après handball, ce grand champion l’envisage comme une deuxième vie. Loin des parquets. Hors des sentiers battus de la compétition. Il ne sait pas encore s’il passera son temps dans un atelier ou à parcourir le monde pour retranscrire ce qu’il y voit, pour raconter les histoires des personnes qu’il croisera sur sa route, mais ce dont il est sûr, c’est qu’il sera libre de mener à bien ses ambitions artistiques. Et s’il échoue, il reviendra à ce qu’il maîtrise depuis toujours : le handball.


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