Julie Meunier

À l’aube de ses 30 ans, Julie Meunier a créé sa marque Les Franjynes qu’elle a pu lancer le 29 juin dernier grâce à une campagne de crowdfunding. Le concept ? Des fausses franges accompagnées d’un turban destinées aux femmes victimes d’alopécie suite aux traitements de chimiothérapie. Une idée qu’elle a développée après avoir été touchée elle-même par un cancer du sein à seulement 27 ans. 24 chimios, 2 opérations et 40 séances de radiothérapie plus loin, je la retrouve éclatante de vie lors d’un atelier de nouages de turbans organisé à l’occasion d’Octobre rose.

© Marie Minair

Nous avons rendez-vous dans la boutique Maison Godillot dans le centre-ville de Hyères. Julie est ravie d’organiser cet atelier gratuit chez ses amis et de retrouver sa ville natale. Dans la petite cour ensoleillée au rez-de-chaussée, tout est prêt pour accueillir les participantes. Julie va bien. Très bien même. Quoiqu’un peu fatiguée. Sa jeune marque connaît un franc succès. En trois mois, plus de 400 commandes ont été passées. « Je fais tout toute seule. En 2018, j’espère pouvoir embaucher quelqu’un pour m’aider ». Mais loin d’elle l’idée de se plaindre. Car Julie vit un rêve éveillée. Sa voie, elle semble l’avoir trouvée. « Avant, je ne menais pas la vie que je voulais. J’étais juriste dans le droit immobilier alors que j’ai toujours été attirée par la création. ». Et puis un sale cancer de grade 3 est venu la frapper. Un choc. Et une réalité qu’elle a mis du temps à accepter. Jusqu’au jour où elle a décidé de combattre celui qu’elle a appelé Jean-Yves, ce cancer qui rongeait sa poitrine.

Avec les traitements, sa féminité a été mise à rude épreuve

L’apparence de Julie a toujours été soignée. La mode, elle a toujours aimé. Et ce n’est pas le cancer qui allait changer ça. Les perruques, elle ne supporte pas. Elle essaie quelques foulards, puis des turbans. Elle commence à les nouer. Elle y ajoute une frange blonde, puis une rousse. Mais celles-ci ne tiennent pas sur son crâne dénudé. Julie bricole alors un système D. Voilà comment Les Franjynes sont nées. Le nom qu’elle a choisi est symbolique. En lançant son blog Feminity & JY où elle prodigue des conseils beauté adaptés aux effets secondaires des traitements, c’est toute une communauté de femmes que Julie va rencontrer. Des femmes qui deviendront ses sœurs de combat, ses frangines. Le nom de sa future marque est tout trouvé. Reste à y ajouter les initiales de Jean-Yves, cet enfoiré.

© Marie Minair

Nous sommes interrompues par une combattante venue saluer Julie. « J’ai vu sur les réseaux sociaux que vous étiez dans le coin, et j’avais envie de venir vous remercier pour ce que vous faites. » Julie est aux anges. Et les deux femmes échangent sur le sujet. Avant de s’embrasser. Julie est un rayon de soleil dans le ciel bas et lourd du combat contre le cancer.  Beaucoup lui écrivent pour l’encourager. Pourtant, on lui a déjà reproché de vouloir cacher son cancer. Ce à quoi Julie répond « Ok, alors, enlevez tous les maquillages des rayons de supermarché. » Plus que se réapproprier sa féminité, c’est son identité que Julie a eu besoin de retrouver. Pendant les traitements, elle ne reconnaît pas la personne qu’elle voit dans le miroir. « Et puis, c’est tout bête, mais lorsque l’on sort avec un crâne dénudé, on a froid! »

« Il était temps de proposer une alternative à la perruque »

« C’est la société qui nous dicte ce que doit être la féminité. Les cheveux. La poitrine. » Pour Julie, être féminine est une question d’attitude. De confiance. Et c’est avec fierté qu’elle porte ses turbans, noués avec beaucoup d’originalité. L’atelier qu’elle propose aujourd’hui est ouvert à toutes, et pas uniquement aux femmes touchées par le cancer. C’est une première. « Mon plus grand souhait est que toutes les femmes osent porter le turban comme un accessoire de mode, ainsi nous, les malades, ne serons plus stigmatisées. » Julie est animée par ce qu’elle fait. Elle parle avec sérieux et rit à gorge déployée devant les participantes qui viennent d’arriver. « Ce qui me manquait le plus avec la perte des cheveux, c’était de me coiffer. » Il y a quelque chose d’apaisant dans le fait de lisser le tissu, de le tresser. Et c’est vrai qu’on a la sensation de se coiffer. Des ateliers, Julie en fait beaucoup en partenariat avec La Ligue contre le cancer. La semaine dernière elle était à l’hôpital de Genève, bientôt elle ira à Léon Bérard à Lyon. Elle a aussi fait un stop par Paris pour Octobre Rose. Le rythme est effréné.

Julie est très sollicitée par les médias aussi.  « C’est assez fou ce qu’il se passe. Je pense que les gens ont besoin de donner un autre visage au cancer. » Son visage à Julie est lumineux. De grands yeux verts, une bouche bien dessinée et un sourire à tomber. Son corps, tatoué. « Dès que j’ai eu l’autorisation de m’y remettre après les traitements, j’ai foncé! » Les dessins sur son avant-bras sont inspirés de l’univers de Miyazaki. « Pour moi, Miyazaki c’est la vraie vie. C’est pas Disney. La morale n’est pas simpliste. Le rapport aux « méchants » est ambigu. » Dans ses films d’animation, le réalisateur japonais aborde des thèmes centrés autour de l’humanité portés souvent par des personnages féminins. Des jeunes femmes fortes et indépendantes…

Comme ses franges, Julie est sur tous les fronts. Entre les commandes, les ateliers, les interviews, elle essaie de passer du temps avec son amoureux, Anthony. « Nous partons à San Francisco à la fin de l’année! » Julie estime avoir beaucoup de chance. « Ce n’est pas une étoile que j’ai au dessus de la tête mais une constellation! » Après ces quelques heures passées avec elle, j’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas de chance. Mais bien d’un juste retour de ce que Julie sème autour d’elle. Une insolente générosité.


Les Franjynes ont leur déclinaison pour les enfants, les Franjynettes. Les franges et les turbans sont remboursés à 100% par la Sécurité Sociale et 5% du montant des ventes est reversé à la Recherche contre le Cancer.
Le 23 octobre, Julie a remporté le concours national Talents BGE de la création d’entreprise dans la catégorie « commerce ».


En savoir plus
Les Franjynes
Son blog Féminity & JY

 

 

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