Joseph Malerba

Pendant quatre saisons, Joseph Malerba a incarné Walter Morlighem, l’un des quatre flics ripoux de la série française Braquo, créée par Olivier Marchal. Quelques jours avant la diffusion des deux derniers épisodes qui signent le dénouement de leurs aventures, j’ai rendez-vous avec le comédien à Paris. Il déboule au « Café Petite » en Vespa, casque estampillé Italia vissé sur la tête, son Charlie Hebdo et son Libé sous le bras.

Joseph Malerba« Une page se tourne ».  Joseph a rendu son costume de flic voyou. Comme lorsqu’une belle aventure se termine, un sentiment de tristesse se mêle à la satisfaction d’avoir vécu des moments forts. C’est ce que le comédien ressent, après avoir passé quatre saisons dans la peau de Walter Morlighem. Un personnage clé de la série, sur qui les projecteurs sont braqués dans cette dernière épopée. Sa soif de revanche sert de fil conducteur à l’intrigue. Il  y apparaît encore plus attachant, son rôle de père étant davantage mis en exergue. Joseph revient sur le « final » de Braquo. Il regrette que la notion de groupe, si forte tout au long de la série, ne perdure pas pour le dénouement; « C’est dans l’esprit français, on ne se départit pas de la nécessité du Deus ex machina, même s’il finit dans les flammes ».
Contrairement aux Etats-Unis, qui reste un modèle pour lui, en France il est également difficile pour un comédien connu grâce à une série télé de tourner au cinéma ensuite. Les deux mondes restent encore cloisonnés. Il s’est déjà entendu dire « Malerba c’est trop Braquo ». On le cantonne à des rôles de flic, de voyou ou de flic/voyou. Faut dire que Joseph n’a pas un physique « facile à placer partout » (c’est lui qui le dit), ni un physique de jeune premier (c’est encore lui qui le dit).

En même temps, il a commencé ce métier un peu sur le tard.  « J’ai eu une vie avant ». En Suisse, à Lausanne, où il est né. Comme il ne savait pas quoi faire de sa vie, Joseph bossait dans un bureau. Il faisait de la comptabilité : « J’étais bon en plus ». Mais cela ne l’intéressait pas. Et puis un jour, il répond à une annonce. C’est comme ça qu’il se retrouve dans des spectacles d’armes, à manier le sabre, l’épée, de grosses épées moyenâgeuses.

Il s’essaie au théâtre et trouve cela génial : « C’est ça le frisson, c’est pour moi! »

Issu d’une famille d’immigrés italiens aux revenus modestes, il économise pendant un an et débarque au Cours Florent à Paris à l’âge de 25 ans; « grand bien m’en a pris ». Ses premiers pas sur les planches il les foule en 1991 pour une pièce adaptée de La Ronde de Schnitzler, où chacun parlait dans une langue différente; « c’était formidable ». Son premier « gros rôle », il le doit à Jean-Louis Bertuccelli : il incarne un voyou (c’était prémonitoire) dans le téléfilm « Momo » où il tourne avec son pote Edouard Montoute. De ce rôle qui fut le premier, Joseph en garde un très bon souvenir… et un blouson. Blouson qu’il ressortira 17 ans après et deviendra le costume de Walter dans Braquo! Du moins pour les deux premières saisons, car les coutures n’ont pas tenu le choc.

Joseph Malerba

Joseph plaisante avec la serveuse qui ne lui a toujours pas apporté sa boisson. « Il faut bien qu’il les presse les citrons! » lui rétorque-t-elle en riant. S’il se permet quelques familiarités, c’est qu’il est un habitué de cet établissement; « ici c’est mon quartier ». Joseph se plait à Paris, même s’il se rend de temps en temps en Italie où son père vit toujours. « J’y suis allé il y’a quelques semaines pour le mariage d’un ami ». Peu après son départ pour la France, ses parents sont retournés s’installer dans la région des Pouilles. Une jolie terre qui n’a pas toujours été accueillante : « les mentalités ont évolué en Italie, mais à cette époque, une femme de 50 ans, même mariée, ne pouvait pas se balader seule dans la rue ». Il fait référence à sa maman, décédée il y a trois ans; « un 4 octobre, la veille de mon anniversaire ». À l’évocation de ce souvenir, Joseph marque un temps d’arrêt. L’émotion est palpable. Il prend une voix d’enfant : « J’aimais ma mère. Nous avions une relation très fusionnelle ». Concernant ses deux sœurs, le topo est différent. « Mon noyau familial, c’est un peu Fukushima. Nous n’avons plus de contact ». Ses relations avec les femmes? « Elles ont souvent été conflictuelles, mais comment faire sans elles ?! », 

Nous sommes interrompus par son ostéopathe qui prend de ses nouvelles. Joseph souffre d’une sale sciatique. « Mes jambes ne veulent plus avancer, pourtant je le souhaite profondément! Dans le boulot notamment ». La comédienne Valérie Sibilia, qui joue le rôle d’Hélène Rossi dans Braquo, passe devant nous. Ils se saluent chaleureusement. « Je vais acheter un canapé ». Joseph aussi en cherche un. « Dis-moi ce que tu veux et je t’envoie ce que je trouve ». Le groupe on disait. Ces interruptions ont redonné de la légèreté à notre conversation et nous parlons horoscope (oui oui). Joseph est du signe de la balance « ça balance dans le sens large du terme avec moi ». Il se décrit comme un mec plutôt gentil, « mais je suis aussi un sanguin, un bagarreur, c’est mon coté méridional ». Walter ne lui ressemble pas sauf peut-être pour le côté « entier ».

En voyant ses journaux posés sur le coin de notre table je demande à Joseph s’il est quelqu’un d’engagé politiquement. Il me répond un « Ben non » franc et sec comme s’il attendait cette question pour protester. « L’an prochain ça va faire 30 ans que je vis en France, que j’y paie mes impôts. » Mais ne possédant pas la nationalité française (il est italien, c’est écrit sur son casque) il ne peut pas voter, sauf aux municipales. Selon lui, c’est une lacune de l’Union européenne de ne pas avoir statué sur le droit de vote des citoyens intra-européens. « De toutes façons, si j’avais la possibilité de voter pour les prochaines présidentielles, je voterais blanc ». Entier, je vous disais.



 

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