Johann Zarca

Dans son 5ème roman Paname Underground à paraître le 19 octobre, l’écrivain Johann Zarca nous embarque dans son Paris à lui. Au fil des pages, l’auteur gratte les couches de bitume pour déshabiller la capitale et nous en offrir une vision plus crue, plus cul, plus nue. Rencontre avec le mec de l’underground, qui a obtenu le Prix de Flore.

Son prénom s’écrit Johann mais se prononce Yohann. Peu importe, de toute façon tout le monde l’appelle Zarca. Sur la couverture de ce nouveau roman, Johann a carrément disparu au profit de Zarca. Notre guide dans les dessous de Paname c’est lui. Un banlieusard de 33 piges exilé à Paris. Son quotidien, il le partage avec ses potes, ses « soces » comme il dit. Son coloc afghan Azad, Slim de Belleville, Baccari le « fighter » qui fait le videur à Pigalle, Erik « l’écrivain du fist », Seb le Faf,… et sa « frangine » stripteaseuse qu’il baise au Love Hôtel de la rue Saint Denis dans le premier chapitre. Mais n’y voyez rien d’incestueux la d’dans. Dina est davantage son âme-sœur que sa sœur. S’il est avare de descriptions classiques qu’il juge barbantes, Zarca a le talent de faire vivre les gens. Et c’est à travers eux que l’on devine la couleur du décor, l’odeur et la texture des quartiers qu’il nous fait visiter.

Je le retrouve le 10/10 à 10h10 (ça nous fait marrer) dans un  café du Marais. Un coin de la capitale pas exploré dans son Paname Underground. Pourtant, chaque rue cache des secrets. Secret, Johann semble l’être. Il est bavard mais parle peu de lui. « Je fais rarement d’introspection ». Difficile de lui sortir les vers du nez. Est-il vraiment le Zarca de son roman? « Ah ça, je ne te le dirai pas ». Il botte en touche. Ce qui est vrai, c’est que la rue, il la connaît. Il la dépeint d’ailleurs avec beaucoup de justesse. Mais il n’en est pas issu. Il a grandi en banlieue, dans le 94, auprès de ses parents et de son frère aîné, aujourd’hui médecin chercheur. Paris, ça fait seulement 4 ans qu’il y est installé. Dans ses romans, il ne parle pas de sa famille. « Pourtant je suis très proche d’eux. » Sa mère a lu tous ses bouquins sauf Phi Prob qu’il jugeait trop trash pour elle. Il a finalement décidé de lui filer récemment, mais ils n’en n’ont jamais parlé. Son père chirurgien, en revanche, n’en a lu aucun : « ce n’est pas son style ». Son style à Johann est très marqué. Il use toujours d’un langage parlé, emploie souvent des mots en verlan, parfois gitan. Avec des degrés de familiarité en fonction des sujets.

L’écriture est chez lui une vocation. Des histoires il en a toujours raconté.

Enfant, il mettait déjà en scène ses jouets. Son premier texte a été distribué à ses camarades de classe par sa maîtresse de CP. L’histoire de Robert (le prénom de son grand-père) qui passait d’un monde à l’autre. C’est son frère qui tapait à l’ordi, sous sa dictée. Voilà comment ça a commencé. Entre temps, il a écrit une petite dizaine de romans, dont cinq ont été publiés. C’est grâce à son blog Le mec de l’underground que Zarca a été repéré. Il a toujours voulu écrire et n’a jamais rien lâché. Alors le Prix de Flore arrive à point nommé. Johann s’en réjouit. Il a conscience du coup de pouce que cela peut donner à sa carrière. Avant même d’être publié, le roman a déjà été réimprimé. L’effet Flore… Le monde littéraire, Johann Zarca commence à le cerner. Il y a un an, il a monté avec ses associés Clara et Geoffrey Les éditions Goutte d’Or. En seulement quelques mois d’existence, la maison a à son actif  trois romans (dont Paname Underground). Et des retombées de qualité.

Johann sort sa clope électronique et recommande un café. « Ca fait 11 mois que j’ai arrêté et j’ai toujours envie de fumer. » Pourtant, il ne se dit pas trop stressé, « enfin pas plus que les autres parisiens dans leur quotidien. » La drogue en revanche, il n’a pas cessé d’en consommer. Elle est omniprésente dans ses écrits. Son prochain roman en parlera longuement. Il y relate l’histoire d’un mec, d’un sale mec, d’un loseur, qui va, grâce à la drogue, devenir un mec génial. Plus ouvert, plus empathique, plus performant. À chaque drogue son effet sublimant. Malgré mes tentatives, difficile de gratter les couches de Johann Zarca. Il me partage ses goûts musicaux : plutôt du rap français, ou des chanteurs oubliés, pour la puissance des mots. Il éclate de rire en disant qu’il déteste tout ce qui est latino. Pourtant, il adore Barcelone… (Bon, ouais, ok…) Une obsession? « On en a tous et chez moi c’est le corps. » Mais là où certains rechercheraient une perfection, lui court après les épreuves. Les sensations. La drogue permet cela. Le sexe, la violence, le sport aussi. Il a d’ailleurs beaucoup pratiqué la boxe et le judo. Il a même été éducateur sportif, dans une autre vie…

Dans Paname Underground, l’auteur se met en scène pour la première fois. On peut alors se demander quelle est la frontière entre la fiction et la réalité. Où s’arrête Johann et où commence Zarca? Si cette question me trotte dans la tête après la lecture de son roman, la réponse est-elle nécessaire? Ce qui est sûr, c’est que les étiquettes Johann, comme Zarca, ne les aime pas. Il est parfois Johann, parfois Zarca, et c’est très bien comme ça.


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