Hervé Lassïnce

Hervé Lassïnce

© Marie Minair

Le comédien Hervé Lassïnce s’est mis à la photographie sur le tard. Autodidacte, c’est en immortalisant des moments intimes partagés avec ses proches que ce médium s’est imposé à lui. De ces portraits singuliers est née la série « Mes frères » dont une partie des images sera exposée à Hyères à l’occasion du 31ème Festival de Mode et de Photographie. Il m’a invitée dans sa chambre lors de son passage à la villa Noailles.

Hervé est à la villa pour deux jours seulement. Il repart à Paris dès le lendemain car il joue du mardi au dimanche au Théâtre du Rond-Point dans la pièce mise en scène par Jean-Michel Ribes, « Par-delà les marronniers ». Devenir comédien est ce qu’il souhaitait depuis son adolescence. Il a travaillé longtemps avec Jérôme Deschamps et Macha Makeieff (Les Deschiens), a fait du théâtre, du cinéma,… À force de s’exprimer avec les mots des autres, d’être au service d’un scénario ou de la vision d’un artiste, il a ressenti le besoin de parler autrement. Il aurait pu faire de la mise en scène mais a choisi la photographie, sa manière à lui d’écrire une histoire et de conter sa vie.

À travers les portraits des gens qu’il aime profondément, Hervé nous invite au cœur de son univers. Ses images transpirent l’amour. Celui qu’il porte à ses amis, leurs enfants, ses amoureux ou ses amants. Armé de son appareil photo, il vit. Et lorsque qu’il le sent, il shoote. Souvent lors de moments particuliers, d’abandon, lorsque ses proches sont dans leur monde, naturels. C’est là qu’il se dit : « je suis obligé de prendre la photo, je ne peux pas faire autrement cela serait criminel de ne pas le faire ». On cite souvent Nan Goldin à son propos, « matricielle pour de nombreux destins photographiques ». Évoluant dans un univers « où les gens n’allaient pas toujours bien », parfois violent, Nan Goldin n’hésitait pas à voler des instants, sans aucun filtre.

Le filtre d’Hervé, c’est le regard bienveillant qu’il porte sur ses sujets.

Hervé Lassïnce

© Marie Minair

Lui-même se met rarement en scène dans ses images. Pourtant elles racontent beaucoup de choses sur sa personnalité, sur sa profonde sensibilité. Souvent solaires, ses portraits portent en eux une forme de « mélancolie parisienne », et une pointe de nostalgie. Hervé prend toujours soin de préciser les prénoms des personnes photographiées, le lieu de la prise de vue. Comme une collecte de moments passés avec ceux qui ont compté pour lui, ou comptent encore. Parfois, il se replonge dans ses archives. « Pour moi les gens sont morts, ils paraissent vivants sur l’image mais cet instant est terminé ». Beaucoup de théoriciens comme Roland Barthes ou Susan Sontag ont parlé du « memento mori » qui littéralement se traduit du latin par « N’oublie pas que tu vas mourir ». Cette forme de mélancolie est inhérente au caractère d’Hervé Lassïnce, elle est son memento mori.

Ses portraits n’ont pas un côté ethnographique ou social comme cela est souvent le cas. Il y a peu de marqueurs de temps, d’éléments qui témoignent d’une époque. L’image de ce couple, allongé sur un lit après l’amour, pourrait dater des années 80. En revanche ses images nous embarquent dans un milieu. Son milieu parisien. « Si j’étais scénariste ou romancier ou si j’écrivais de l’auto fiction, je parlerai de leur vie. Je suis parfois tenté de le faire car ce ne sont pas que des corps avenants, ce sont des destins très singuliers. » Avec « Mes frères », un titre biblique au sens large, Hervé nous livre un modèle de vie. Un portrait de famille. Celle qu’il s’est choisie. « Aujourd’hui les gens ont envie de créer leur propre famille. Peut-être davantage pour les gays qui n’ont pas d’enfant ». Et même si ses images ont un côté homo-érotique fort, il portraitiste également son filleul, ses amis et les femmes qui traversent sa vie. Il l’avoue à demi mot, ses photographies cachent un message « un peu politique ». Il souhaite donner une autre image de l’homosexualité. La normaliser. Pourtant, il ne se revendique pas comme représentant d’une communauté. Ce dont Hervé nous parle est universel.

Aujourd’hui, il souhaite continuer à exercer son métier de comédien, tout en travaillant en tant que photographe ; « les deux se complètent ». Il collabore régulièrement avec Les Inrocks et d’autres magazines pour qui il réalise des portraits d’artistes. À sa manière. Sans lumière additionnelle ni assistant. « Quand je photographie des cinéastes, des écrivains qui détestent être pris en photo, je vais très vite. Je vais chez eux et je reste une dizaine de minutes ». En tant que lecteur, il trouve cela plus intéressant de voir une pile de DVD chez Desplechin, découvrir quels films ils regarde, qu’une mise en scène dans une chambre d’hôtel. On lui a récemment proposé de réaliser des photos pour i-D Magazine et Paco Rabanne. Il s’en réjouit. « Je le ferai à ma manière. Sans artifice ».

Demain, il aimerait voyager. Au Brésil, en Hongrie, au Cambodge. Rester quelques mois sur place et photographier les gens là-bas comme il le fait à Paris. « Mes frères du monde entier ». Quand il trouvera le temps. Il écrira aussi. Mais il lui reste encore beaucoup à faire ici. Et puis « Mes frères » est le projet de toute une vie.


Hervé Lassïnce joue actuellement au Théâtre du Rond-Point dans « Par-delà les marronniers » mis en scène par Jean-Michel Ribes, jusqu’au dimanche 24 avril. Il expose à la villa Noailles pour le 31ème Festival de Mode et de Photographie à Hyères du 21 avril au 22 mai, une partie de « Mes frères » « Nuques » et des images inédites réalisées sur l’Île du Levant.


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