Gaël Leiblang

Gaël Leiblang aime raconter des histoires. Des histoires vraies. Réalisateur, puis producteur de documentaires, il a longtemps parcouru le monde avec cette volonté. Rencontrer, capter, décrire, partager ce qui fait qu’un parcours est singulier. Sa vie à lui bascule en 2014, lorsqu’il perd son premier fils Roman, alors âgé de treize jours. C’est sur scène, sans filtre, qu’il a choisi de nous en parler. Tu seras un Homme Papa est une expérience théâtrale dont on ressort plus grand qu’on y était entré.

© Véronique Fel

Trente-quatre. C’est le nombre de dates de Tu seras un Homme Papa jouées en 2018, au Lucernaire à Paris. Le spectacle était programmé dans la salle Paradis. Pour y accéder, il fallait grimper plusieurs escaliers, dont les derniers, tout en haut, sont en colimaçon. Monter au paradis, ça se mérite visiblement. Dans cette salle intimiste, Gaël Leiblang est seul sur scène. Il est tout près de son public. Si près qu’on pourrait presque le toucher. Gaël est grand, plutôt baraqué. La scène, il la dévore d’entrée. Son histoire, il ne va pas nous la raconter. Il va jouer. Faire de la corde à sauter. Courir. Boxer. Escalader. Et même danser. Il transpire. Il se donne. Gaël Leiblang ne fait pas les choses à moitié. Et le combat de sa vie, on va le vivre avec lui au rythme de ses foulées, du son qui vient l’accompagner.

« Si j’avais lu mon texte initial assis sur une chaise, il t’aurait cassé la gueule ». Gaël a longtemps réfléchi à comment évoquer l’indicible. Il a suivi son intuition et a choisi l’allégorie du sport pour mieux se raconter. Le sport, ça le connait. C’est une passion qu’il a hérité de son père, journaliste sportif. Avant d’exercer lui-même ce métier. Marqué comme bon nombre de personnes de sa génération par le film Les yeux dans le Bleus, Gaël décide de se « mettre à la caméra » au début des années 2000. Il bossera en tant que chef opérateur pour des agences de presse, des boîtes de production, avant de se lancer dans la réalisation. Il a à son actif de nombreux documentaires, dont Usain Bolt, l’homme le plus rapide du monde en 2012 : « Avec ce film, j’ai accompli mon rêve. J’ai alors compris que j’avais fait mon tour et je suis devenu producteur ». En utilisant la métaphore du sport dans son spectacle, Gaël évolue sur une scène dont il connaît la sémantique et la gestuelle. Un repère pour lui qui n’avait jamais fait de théâtre « à part peut-être un Sganarelle en Primaire ». Et une manière de célébrer la vie.

« Ce qui est intéressant dans le théâtre, c’est que tu offres aux gens un temps pour eux. Tu leur offres un moment. »

Ce moment, il nous le donne. Il le partage. Et on l’éprouve à ses côtés. On sent les odeurs. On devine la sueur. On flirte avec l’espoir. On ressent la douleur. Entre Gaël et son public, il n’y a pas de filtre. « Je sens bien que les gens sont émus à la fin. Mais je suis dans un état différent. C’est un peu ma résurrection. » À chaque fois que Gaël monte sur scène, il se sent bien. Jouer Tu seras un Homme Papa lui demande une énergie démentielle. Et Gaël ne s’économise pas. Mais c’est comme s’il se libérait un peu plus à chaque fois. Le spectateur est touché. Difficile de l’ignorer. Mais les coups portés ne sont pas gratuits. Gaël est tranché, mais toujours juste. Son jeu est criant de vérité. Il est pudique mais généreux.

Avec deux Avignon et près de 90 dates, le spectacle rencontre un franc succès. Et il va bientôt entamer une tournée. Quelques dates sont programmées en France et à l’étranger, dont deux à Hong Kong fin mars. « On a même joué à l’hôpital Necker l’année dernière ». L’hôpital où Roman était. « On dispose de peu d’informations sur le deuil prénatal. Mon spectacle est un outil supplémentaire pour échanger autour de ce sujet. » La pièce est très bien accueillie par le corps médical. Gaël est bienveillant à leur égard, et pour le personnel soignant c’est une manière de disposer de toutes les pièces du puzzle pour le reconstituer. Comprendre, reconstituer le puzzle, c’est ce que Tu seras un homme Papa a permis également à la famille et aux amis de Gaël. Sa femme et ses filles (âgées aujourd’hui de 12, 9 et 3 ans) sont venues le voir jouer. Plusieurs fois même. Petit à petit, le spectacle a trouvé sa place dans la famille. « De toutes façons, c’était soit une pièce, soit un livre, soit une musique, soit l’oubli. Une vie de treize jours est trop courte pour fabriquer des souvenirs. »

Cette pièce, c’est l’histoire d’un père qui rend hommage à son fils. Celle d’un fils qui a permis à son père de devenir un homme. C’est l’histoire d’un homme qui salue le courage d’un autre petit homme. C’est la vie de Roman racontée par Gaël. Et ceux qui ont vu Tu seras un Homme Papa ont eu la chance de passer un peu de temps avec eux.


Gaël Leiblang est auteur, réalisateur et producteur. Il dirige Eléphant Doc depuis 2009. Son spectacle Tu seras un Homme Papa est son premier seul en scène. Il a déjà joué près de 90 dates depuis sa création. Le spectacle est programmé à Strasbourg le 19 mars, à Hong Kong les 29 et 30 mars, à Fougères le 2 avril.


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