Cyril Mokaiesh

C’est à l’Hôtel Amour à Paris que Cyril Mokaiesh m’a donné rendez-vous une semaine après la sortie de son nouvel album « Clôture ». Si l’amour est évoqué avec beaucoup de tendresse dans certains de ses titres, c’est bien de son époque dont Cyril avait besoin de parler. Avec ses mots (toujours justes),  il décrit les maux d’une société en faisant preuve d’une grande sincérité. Car le seul filtre que Cyril met entre nous et ses ressentis est la poésie.

Cyril Mokaiesh« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Cyril, je suis absent depuis un moment. Absent mais pas complètement cuit et je reviendrai c’est promis. » Après deux années passées à rendre hommage aux destins brisés de la chanson française aux côtés du pianiste Giovanni Mirabassi pour son projet « Naufragés », Cyril Mokaiesh revient avec ces mots, dans son titre « Clôture ». L’album traite de sujets brûlants (les attentats, l’austérité,…) et a déjà fait couler de l’encre depuis sa sortie. Attablés autour d’un jus de pamplemousse pressé (lendemain de fête oblige), nous cherchons le Libé car un article lui est consacré. « C’est réjouissant d’avoir de beaux papiers, même si au final, ça ne te fait pas manger ». Cyril a conscience que son album risque d’être davantage discuté qu’écouté. Selon lui, la chanson « est difficile à embrasser », considérée comme « d’un autre siècle ». Mais il s’accroche et défend fièrement cette voie. Sa voix, quant à elle, nous assène de nombreux coups au fil des mots : « Les gens font ce qu’on leur dit c’est terrible. Combien de fois faut-il mourir pour être audible? » « Le monde s’en prend à nos tympans et on lui donne raison tous les jours, tous les jours un peu plus sourds ». Par rapport à ses albums précédents, le ton s’est durci. Depuis « Du rouge et des passions » et son titre « Communiste », Cyril est considéré comme un chanteur engagé. « Nous vivons une époque où l’on a des choses à dire, à pleurer, à imaginer ». Ses textes parlent aussi de lui « Pourquoi se priverait-on de dépeindre un sentiment général avec un sentiment personnel si c’est fait avec justesse, droiture, et avec le cœur? »

Cyril Mokaiesh

Lorsque nous évoquons l’écriture de cet album, Cyril me confie avec fierté qu’il n’a mis qu’un an pour écrire une trentaine de chansons « ce qui est assez court pour moi », pendant sa tournée pour « Naufragés ». Egratigné par une rupture amoureuse, l’auteur-compositeur-interprète s’est réfugié dans la musique. « C’était une période à la fois sombre et inspirante ». Son  titre « La loi du marché » composé après avoir été bouleversé par le film de Stéphane Brizé a fini par donner le ton de son nouveau projet. Stéphane est le réalisateur contemporain qu’il admire le plus « il fait de la poésie avec du réel, du dur ». Par mail, Cyril a su attiser sa curiosité et ils ont entamé une mini correspondance pendant quelques mois ; « cela me réjouissait ». Et puis il a fini par lui proposer de réaliser son clip. « Nous nous sommes retrouvés dans un couscous, pas loin d’ici pour en parler ». Les yeux de Cyril peut-être un peu éteints par la fatigue s’illuminent lorsqu’il évoque cette collaboration. « La lumière de mon disque vient de ma rencontre avec Stéphane Brizé, mais il y a aussi Elodie (Frégé) et Bernard (Lavilliers) » qu’il a invité à chanter sur son disque.

« Je ne peux pas me passer des autres. »

J’ai mal à la tête et Cyril n’arrive plus à respirer (il est enrhumé). Nous trinquons à l’Efferalgan, avant de reprendre le fil de notre discussion, plus sérieusement. Si humainement, Cyril a besoin d’être entouré, cela est également vrai pour sa musique. Il l’avoue avec humilité. « Être autodidacte a ses limites. J’ai besoin que l’on m’apporte une valeur ajoutée, par des arrangements musicaux ». Car ce n’est pas dans un conservatoire que Cyril a fait ses armes, mais sur un court de tennis. Jeune espoir français, Cyril Mokaiesh a été formé à l’INSEP avant de devenir champion de France à l’âge de 18 ans. Rapidement, il abandonne le lycée et met un terme à sa jeune carrière de sportif pour se lancer : « comme un fou, je me suis dit que j’allais essayer ». Si, plus jeune, Cyril était de ces enfants qui chantent et qu’adolescent il a écrit « quelques poèmes maladroits », rien ne laissait présager ce choix. C’est avec les copains du tennis « qui savaient gratter » (pas que la balle visiblement) que Cyril a appris à jouer de la guitare : avec Xavier Pujo et surtout Nicolas Coutelot, qu’il retrouvait l’après-midi pour jouer des morceaux de Radiohead. « Nicolas aimait mes petites compos toute timides »Qui aurait cru que le tennis le conduirait à la chanson ? « Il ne faut pas avoir d’a priori sur ce milieu. Avec les potes joueurs on partageait le goût de la musique, on mettait des disques à fond dans la voiture quand on partait sur les tournois « futures » et on allait à des concerts dès qu’on pouvait. » Des mecs qui font toujours partie de sa vie aujourd’hui ; « certains sont mes piliers » comme Arnaud Di Pasquale. Cette période lui a aussi forgé un caractère « la compétition permanente, le fait de voyager seul très jeune loin de ta famille, ça fait grandir plus vite ». 

Cyril Mokaiesh

« Nous sommes tous des sensibles, même ceux qui n’en n’ont pas fait une vocation » me répond Cyril alors que je l’interroge sur sa famille pour tenter de comprendre d’où vient son côté « artiste ». Son frère travaille dans un cabinet d’avocats, mais il est également comédien à ses heures et « chante très bien ». Sa sœur, architecte, a récemment écrit une pièce de théâtre qui s’est jouée à Paris « c’est une très bonne comédienne et auteure mais elle ne souhaite pas en faire son métier ». Cette sensibilité assumée trouve peut-être sa source auprès de son grand-père libanais, professeur au lycée français de Beyrouth, que Cyril décrit avec tendresse « Un sacré loustic, capable de jouer de l’accordéon alors qu’il venait de le récupérer la veille, de se mettre au piano et, une semaine après, de savoir jouer une sonate de classique ». Il n’a pas eu la chance de le connaitre, mais il a pu lire ses poèmes « sacrément inspirés » retrouvés dans un tiroir. Lors d’un de ses voyages au Liban, Cyril a été apostrophé par le taxi à l’approche de sa maison à Beyrouth « Mais c’est la maison de Kamal Mokaiesh ! Un jour il a construit un avion dans son garage et je l’ai vu décoller dans Beirut! ». Il sourit à l’évocation de ce souvenir. « C’était un homme libre ».

Et moi je me dis qu’à l’évidence Cyril Mokaiesh est le digne héritier de Kamal. Car si « Clôture » nous parle de la société avec dureté parfois, il est de ces disques qui ne s’entendent pas mais s’écoutent. Les textes de Cyril nous fouettent le visage et nous font mal au ventre car ils réveillent quelque chose d’enfoui au fond de nous. Ses mots transpirent de beauté, de vérité et de justesse.
« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré ». C’est Paul Eduard qui le disait.


Cyril Mokaiesh a sorti son premier album avec son groupe « Mokaiesh » en 2008. Trois ans plus tard, il revient en solo avec « Du rouge et des passions », et Cyril est annoncé comme « une belle promesse ».  En 2014, c’est « L’amour qui s’invente » avant « Naufragés » en 2015 où il rend hommage aux destins brisés de la chanson française avec le pianiste Giovanni Mirabassi. « Clôture » est sorti le 20 janvier dernier. Le 28 février, il sera à la Maroquinerie pour une date unique sur Paris.


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