Aurélien Larger

Avec son associé Harold Valentin ils ont créé Mother Production il y a maintenant cinq ans. Aujourd’hui, la boîte coproduit « Dix pour cent », la série française nommée aux International Emmy Award dans la catégorie « Meilleur programme de comédie ». Comment cet ingénieur de l’École des ponts et chaussées s’est retrouvé à fouler le tapis rouge des Emmy à New York ? Rencontre avec Aurélien Larger.

Aurélien Larger

Il a du mal à y croire. « C’est un truc de fou ! ». Entre deux gorgées de café, Aurélien me fait part de son excitation. Le 21 novembre, il sera à New York avec Harold Valentin, Dominique Besnehard et Fanny Herrero afin d’assister à la cérémonie des International Emmy Award pour laquelle « Dix pour cent » est nominée. Cette ville il la connait bien. Il y a même vécu lorsqu’il a eu besoin de s’éloigner de Paris, de sa famille, il y a quelques années. « Y retourner aujourd’hui pour les Emmy c’est très symbolique et particulier »; pour celui qui, à 40 ans, a rangé son costume trois pièces pour devenir producteur.

« J’ai longtemps été un bon fils ». Aurélien a grandi dans un village près de la frontière suisse. Sa mère, professeur de littérature, et son père l’ont toujours encouragé à suivre des études dans « une filière avec des débouchés ». Après son bac, Aurélien déménage à Paris pour faire une classe préparatoire et intègre l’Ecole des ponts et chaussées. « Je suis un littéraire contrarié ». Une contrariété qu’il mettra de côtés de nombreuses années. Il travaille en banque d’affaires pendant six ans avant de racheter une boîte de composants électroniques « cotée en bourse ». Le simple fait de prononcer les mots « cotée en bourse » déclenche chez lui un fou rire. Comme si cela était surréaliste. Pourtant, il s’est amusé à faire le capitaine d’industrie pendant 12 ans. Même si l’aventure le stimulait, Aurélien ne prenait pas vraiment de plaisir à la tête d’une entreprise de 350 salariés. Ces week-ends, il les passait avec Harold son fidèle ami, et ses copains créatifs, artistes, scénaristes. Et le lundi, il repartait à l’usine. Seul, dans un univers « un peu macho » où l’homosexualité n’était pas vraiment acceptée.

Aurélien Larger

Et puis un jour, il a pris la décision d’arrêter. Il s’est acheté un petit appartement à New York, le temps de se (re)trouver : « je rencontrais plein de gens, j’étais loin de ma vie d’avant ». Petit à petit, son projet mûrit et il décide de créer une boîte de production avec Harold, qui travaillait chez France Télévisions. « Nous sommes complémentaires et on se connait très bien ». Voilà comment est née Mother Production, en référence à l’araignée de Louise Bourgeois. Si évidemment, le côté Œdipien ne lui échappe pas, Aurélien affirme que cela fait aussi référence à leur manière de travailler « nous aimons materner les auteurs; nous faisons le lien entre le créatif et la partie business, c’est important pour nous de les protéger ».

« On peut avoir plusieurs vies ».

Âgé de 50 ans, Aurélien dit appartenir à une génération qui a été forcée de faire des études « rentables ». Certains sacrifient tout à la réussite financière et finissent par faire des burn out. Cela fait moins de 10 ans qu’il a embrassé sa nouvelle vie et il n’est pas encore arrivé à bon port selon lui. « Je suis toujours en recherche. J’ai envie d’évoluer dans mon métier de producteur, dans ma manière de l’exercer ». Même s’ils ont à leur actif quelques longs-métrages dont « Lou » de Julien Neel, avec « Dix pour cent » Harold et lui ont l’impression d’avoir trouvé ce qui leur convient : la dramédie. Une voix dans laquelle excelle la créatrice de la série Fanny Herrero : « Fanny est très forte pour mélanger le drame et la comédie, tout en restant sincère. Elle connait parfaitement ses personnages et dans cette nouvelle saison (actuellement en tournage), elle creuse davantage leur histoire, leurs déboires,… C’est une écriture sur-mesure. »

En 2015, la série française a cartonné  en réunissant près de 5 millions de téléspectateurs chaque soir de diffusion sur France 2. Le public découvrait alors l’univers d’une agence artistique à travers des agents de stars et leurs assistants, des personnages forts et attachants, « héros » de la série. « Dès la première saison, il y a eu une vraie direction artistique avec Klapisch ».  Le casting est impeccable (Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel,…) et de nombreuses répliques sonnent comme des punchlines. Cerise sur le gâteau, des guest-stars invitées à jouer leur propre rôle, avec une dose d’autodérision qui ravit le téléspectateur. On se souvient d’Audrey Fleurot, Cécile de France, François Berléand, Nathalie Baye,… Dans cette nouvelle saison qui sera diffusée en 2017, d’autres grands noms du cinéma feront leur apparition : Juliette Binoche, Virginie Efira, Isabelle Adjani,…

Pour l’heure, Aurélien Larger se prépare à vivre une aventure exceptionnelle. Revenir à New York, celle ville qui lui avait tendu les bras lorsqu’il avait besoin de réconfort il y a maintenant 10 ans, en tant que coproducteur d’une série à succès nommée aux Emmy… Nulle doute que, même si le « match » sera serré pour Dix pour cent en compétition avec trois autres séries étrangères, la partie est pour lui déjà gagnée.


Aurélien Larger est l’un des producteurs de la série « Dix pour cent », diffusée en octobre 2015 sur France 2, qui a réuni près de 5 millions de spectateurs pour chaque épisode. La saison 2 est en tournage pour une diffusion prévue en 2017.


En savoir plus
La saison 1 sur France 2

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *