Alexandre Jardin

Le 3 décembre dernier, l’écrivain Alexandre Jardin annonçait sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Son projet : réinstaller plus de démocratie en faisant confiance aux citoyens qui agissent dans les territoires. A ceux qui voient en lui un utopiste, Alexandre Jardin répond par l’action. Rencontre avec un homme libre, dont la seule folie serait d’être optimiste dans un monde où plus personne ne se l’autorise.

Il l’écrivait il y a peu dans les colonnes du Monde : « nous sommes dans un cauchemar et la seule option pour en sortir est de se réveiller ». Son réveil à lui a eu lieu il y a maintenant 17 ans, lorsque le Front National a commencé à monter. En pleine écriture d’un roman, il s’est dit que la souffrance de la société était trop grande et qu’il ne pouvait plus rouler que pour sa pomme. Convaincu que cela passerait par la voie associative, il décide d’agir sur le terrain en créant  « Le relai civique » puis le programme « Lire et faire lire » qui compte aujourd’hui 20 000 bénévoles qui ont déjà travaillé avec 650 000 enfants pour leur donner le goût de la lecture. Il lance ensuite le mouvement « Bleu Blanc Zèbre » qui permet de résoudre les problèmes de la société en impliquant les citoyens. A force de sillonner la France à la rencontre des porteurs de solutions, les « Faizeux » comme il les appelle, Alexandre s’est rendu compte que prendre des décisions de manière verticale à Paris ne marchait pas. C’est parce qu’il ne croit plus au système existant qu’ avec son mouvement citoyen, Alexandre Jardin propose de changer de méthode.

La vraie folie selon lui est d’avoir conscience que le système ne fonctionne plus et de ne pas oser renverser la table.

Nous sommes à table justement. Alexandre évoque les parrainages dont il a besoin pour valider sa candidature. 500 signatures d’élus dont la liste est désormais rendue publique; ce qui ne facilite pas la tâche. Il ne doute pas du soutien des maires, notamment ruraux, qu’il rencontre depuis plusieurs mois maintenant. En revanche, il ne sait pas « s’ils ne vont pas me les terroriser »  lance-t-il en riant. Son co-directeur de campagne, Carl Charest, nous interrompt. « Vous croyez que je serai en France, que je raterai la fête de mon fils aujourd’hui si je ne croyais pas que nous allons y arriver? ». Comment ce spécialiste de la communication originaire de Trois-Rivières au Quebec, qui a travaillé sur les campagnes de Philippe Couillard, premier ministre du Quebec et de Justin Trudeau, premier ministre du Canada s’est retrouvé aux côtés d’Alexandre Jardin? « Carl avait 16 ans lorsque nous nous sommes rencontrés, alors que je présentais l’un de mes romans. J’ai été épaté par la qualité de nos échanges et je lui ai dit qu’il devait devenir journaliste ». Ce n’est qu’en 2016 que Carl entendra à nouveau la voix d’Alexandre annonçant sa candidature à l’élection présidentielle. Il fait alors le pari fou de mener une nouvelle campagne en France. Visiblement l’optimisme de Jardin semble être contagieux. Et si croire en son projet c’était se faire à nouveau confiance?

A mesure que nous discutons, le candidat Jardin fait petit à petit de la place à Alexandre, celui que je suis venue rencontrer. Celui qui s’est beaucoup raconté dans ses romans, à travers l’histoire de sa famille. Dans ses discours, il parle souvent de « réparer la France ». Cette expression prend tout son sens lorsque l’on sait qu’il est le petit-fils de Jean Jardin, collaborateur de cabinet de Pierre Laval sous le régime de Vichy. Un mal qu’il veut réparer « Je me sens redevable de quelque chose c’est vrai. Je ne veux pas que la logique du tri humain puisse revenir, si cela devait arriver et que je n’ai pas bougé, je ne le supporterai pas ». S’il a levé le voile sur ce douloureux secret dans son ouvrage « Des gens très bien », l’écrivain veut aller plus loin : « cet héritage honteux s’arrêtera avec moi et je ferai tout pour ». Si Alexandre est le petit-fils d’un « collabo », ce que l’on sait moins c’est qu’il est aussi l’arrière petit-fils du bras droit de Jean Jaurès. Son grand-père maternel dînait d’ailleurs avec ce dernier lorsqu’il a été assassiné en 1914. Toute son enfance, il a entendu parler des milieux de gauche à une époque où « être de gauche n’était pas prétendre l’être mais faire des choses ». Il a aussi entendu des anecdotes invraisemblables racontées par sa mère et sa grand-mère qui participaient au comité de direction de l’Humanité au début du XXème siècle. Comme celle de cette lingère qui était sortie avec Lenine et Mussolini lorsqu’ils étaient en exil à Paris. « Les deux types se battaient pour la fille et c’est Mussolini qui l’avait emporté. L’idée qu’une fille était sortie avec le communisme et le fascisme… » Alexandre pris d’un fou rire ne peut terminer sa phrase. L’Histoire de France a diné à la table des Jardin et en ce sens elle avait un côté humain. « N’importe quoi est arrivé avec l’Histoire mais ce que je retiens c’est qu’elle est faite d’évènements que personne ne peut imaginer. Qui aurait cru à cette époque que Mussolini deviendrait Mussolini? C’était un socialiste! »

« La politique c’est fait pour rendre heureux sinon ça n’a aucun sens ».

Être un Jardin c’est aussi raisonner en dehors du cadre. Accepter que tout peut arriver; « Maman aimait trois hommes qui se battaient pour elle »… C’est côtoyer quotidiennement l’incroyable, l’irréel; vivre des situations qui deviendront le sujet d’un film ou d’un roman, et ce fut souvent le cas. Sa vie familiale fut un vaste terrain d’expérimentation pour les écrivains et les scénaristes en toute genre. Dans son livre « Le Zubial » du surnom de son père Pascal, décédé alors qu’ Alexandre avait 15 ans, il raconte son enfance aux côtés de « l’homme le plus optimiste et vivant que j’ai connu ». Un homme capable d’emmener son fils de neuf ans au Paradis Latin pour voir sa maitresse et danser sur scène avec les Claudettes. Un père qui, un jour, a stoppé net sa voiture devant une cabine téléphonique pour glisser un chèque en blanc dans le bottin avant de dire à son fils, sourire aux lèvres « si quelqu’un trouve ce chèque, nous sommes ruinés. Alors maintenant vivons! ». Un homme libre qui n’accepta jamais de se laisser gouverner par ses peurs. « Il me manque » me glisse Alexandre. « Je ne sais pas ce qu’il penserait de cette campagne. Et dieu merci il n’est pas là, sinon il foutrait un merdier noir. Papa serait capable de devenir l’amant de Marine le Pen! » Un fou rire éclate. « Papa était vraiment ingérable mais grâce à lui, je sais que la largeur du monde est assez incroyable ». C’est ce qu’Alexandre a essayé d’inculquer à ses cinq enfants qui sont « flamboyants de vie, qui ont de gigantesques projets en tête ». Et il n’a aucun doute sur le fait que ça va marcher. « Parce que ça marche comme ça. Je pense que c’est le plus vivant qui embarque la fille à la fin ». Il rit à nouveau. Et pour la politique c’est la même chose « il n’y a pas d’autre solution que de parier sur les gens vivants ».

De par son éducation, Alexandre Jardin a conscience d’être beaucoup plus libre que ses contemporains. Faire sauter les verrous est pour lui une évidence. L’inattendu ne lui fait pas peur. « Si notre équipe se retrouve aux manettes, il va falloir assumer des chambardements assez considérables. » Alexandre a toujours su qu’il ferait quelque chose pour son pays. Il y a bientôt 20 ans, il écrivait dans « Le Zubial » : « Et si le temps était venu de réveiller mon sang Jardin? ». L’heure a visiblement sonné pour Alexandre. Il a décidé d’embrasser son destin d’héritier zubialesque. « Lui seul croyait en mes folies, lui seul me donnait envie de devenir quelque chose de plus grand que moi ». Un président de la République?


Alexandre Jardin est un écrivain et cinéaste français. Il est candidat à l’élection présidentielle française de 2017. Il est à l’origine du mouvement « Bleu Blanc Zèbre », des « Maisons des citoyens » et du « Mouvement citoyen ».


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